Fouille 2020 du site des « Communs »
Les Communs à Villards-d’Héria : la géophysique révèle d’importants vestiges archéologiques
À Villards-d’Héria, dans le Jura, le lieudit « Les Communs » est constitué de parcelles qui, de mémoire locale, ont toujours été utilisées comme pâturages. Elles n’ont fait l’objet ni de cultures ni de labours. Jusqu’à une période récente, les habitants de Villards-d’Héria ne disposaient d’aucune information particulière sur ces terrains et la tradition locale ne signalait aucun élément remarquable associé à ce lieudit.
Le nom même de « Communs » mérite toutefois l’attention. Ce type de toponyme renvoie généralement à la notion de ressources ou de terres partagées, gérées, entretenues ou utilisées collectivement par une communauté.
Des prospections archéologiques à Villards-d’Héria
En 2019 débute un nouveau Projet collectif de recherche (PCR) coordonné par Rémy Grebot, archéologue et chercheur associé à l’UMR ARTEHIS de Dijon.
Dans le cadre de ces recherches archéologiques, plusieurs méthodes de prospection géophysique sont mises en œuvre afin d’explorer le sous-sol des parcelles du lieudit Les Communs sans avoir à engager immédiatement de fouilles.
La géophysique constitue en effet un outil particulièrement précieux pour l’archéologie : ces méthodes de prospection non destructives permettent de détecter et de cartographier certaines anomalies présentes dans le sous-sol et susceptibles de révéler des structures enfouies.
La prospection magnétique pour détecter des structures enfouies
Une première méthode consiste à réaliser des mesures magnétiques sur l’ensemble de la parcelle étudiée.
Cette technique permet de produire des cartes faisant apparaître les variations des propriétés magnétiques du sous-sol. Les matériaux et structures enfouis peuvent générer des signatures différentes : un mur, par exemple, peut présenter un contraste avec les terres qui l’entourent.
En couvrant méthodiquement toute une parcelle, les archéologues peuvent ainsi repérer des anomalies, des formes ou des alignements. Certains d’entre eux peuvent correspondre à des vestiges de murs ou à d’autres aménagements enfouis.
Le géoradar pour explorer le sous-sol
Une seconde méthode de prospection utilisée aux Communs est le géoradar, également appelé radar de sol.
Cette technologie permet d’étudier les variations du sous-sol en profondeur grâce à la propagation d’ondes électromagnétiques. Les données recueillies peuvent contribuer à localiser et à caractériser certaines structures enfouies.
Dans un contexte archéologique, le géoradar peut notamment aider à identifier des éléments construits, comme des murs, et à mieux comprendre leur organisation sous le niveau actuel du sol.
Des indices géophysiques aux fouilles archéologiques
C’est la convergence des résultats obtenus grâce à ces différentes méthodes de prospection géophysique qui a fourni des indices suffisamment pertinents pour envisager des investigations archéologiques plus poussées.
Des fouilles archéologiques, autorisées par le Service régional de l’archéologie (SRA), ont alors été entreprises sur le site.
Ces recherches ont confirmé la présence d’importants vestiges bâtis sous les pâturages des Communs.
Deux édifices de dimensions remarquables
Les fouilles ont notamment permis de mettre en évidence deux constructions de grandes dimensions.
Le premier édifice, d’environ 45 mètres sur 30 mètres, pourrait être interprété comme un temple, notamment en raison de comparaisons possibles avec des plans d’implantation connus sur d’autres sites. Cette identification reste toutefois une hypothèse archéologique qui doit être étayée par l’ensemble des données recueillies lors des recherches.
Le second bâtiment, d’environ 50 mètres sur 20 mètres, est plutôt interprété comme une construction ayant pu avoir un usage domestique.
Ces découvertes révèlent ainsi que sous les pâturages apparemment ordinaires du lieudit Les Communs à Villards-d’Héria se trouvent les traces d’un ensemble bâti important. Les prospections géophysiques, puis les fouilles archéologiques, permettent progressivement d’en préciser l’organisation, la fonction et l’histoire.
Elles apportent ainsi de nouveaux éléments à la connaissance du patrimoine archéologique de Villards-d’Héria et ouvrent de nouvelles perspectives pour comprendre l’occupation ancienne de ce secteur du Jura.
cliché Onno Archéo – R. Grebot


